sound sisters

[SYNTHÈSE #1] Le management d’artistes avec Ziggy Hugot

Le samedi 4 septembre, le projet Sound Sisters : pour l’égalité des genres dans les métiers des musiques actuelles ouvre les portes de sa première journée d’atelier. 

Il s’agit d’une rencontre autour de ce constat simple mais percutant : les femmes & les minorisé·e·s de genre occupent encore une place toute relative dans les métiers des musiques actuelles et continuent de se heurter à des freins liés à l’hétéronormativité de notre société. 

Se déroulant en mixité choisie, cette journée s’ouvre avec l’intervention de Ziggy Hugot, venue aujourd’hui pour faire découvrir aux participant·e·s le métier de manageur·euse d’artistes.

 

LA MENTORE DU JOUR : 

Ziggy Hugot est agente artistique. Elle a 52 ans et habite à Bordeaux. Elle commence à travailler dans le domaine sonore en 1991. 

Évoluant déjà dans le milieu de la musique institutionnelle, Ziggy prend cependant part à des soirées de musiques électroniques, sauvages pour la plupart, toujours curieuse et à l’affût de nouveaux talents. Car si Ziggy n’a pas de formation musicale (mais tout de même un BTS Action commerciale délivré par une école de commerce), elle peut néanmoins compter sur son amour inconditionnel de la musique. Il faut dire qu’à l’époque, il n’y a pas franchement de formations intéressées par ce nouveau genre musical qu’est l’électronique. Heureusement, c’est sur l’Angleterre qu’elle a pu également compter à l’époque. En effet, si la France des années 1990 n’accueille pas l’électro à bras ouverts, c’est tout l’inverse pour sa voisine, qui laisse aux jeunes générations le moyen de s’exprimer à travers la musique.

Ziggy n’a jamais connu trop de problématiques personnelles par rapport à sa position de femme dans le milieu artistique. Ce qui a été le plus dur, c’est de s’imposer en tant que manageuse, de se demander si on a vraiment la connaissance pour s’affirmer. “Les hommes ont souvent des doutes quant aux compétences des femmes, mais ça a tendance à changer tout de même.

Ziggy explique qu’elle navigue dans un milieu professionnel masculin, mais qu’elle a fini par se dire que le genre n’était pas important. Dans sa culture et sa philosophie de sound system, le genre importe peu. Elle évolue surtout dans des milieux anglais qui sont beaucoup plus souples, où finalement le genre n’a plus beaucoup de sens. Elle a appris ça et s’est dit qu’elle ne pouvait pas juger les gens. Elle a surtout appris à mieux connaître autrui et à ne s’entourer que de personnes bien. Elle ne veut plus de gens néfastes autour d’elle et ne souhaite que travailler avec des personnes qu’elle aime, qu’ils soient hommes ou femmes, ou homosexuel·les, ou autre. L’âme est le plus important. Elle applique également ce raisonnement avec les artistes qu’elle rencontre dans le cadre de son travail. 

 

LES PARTICIPANT·E·S

Les profils sont très variés, tant au niveau personnel qu’au niveau professionnel, ce qui a entraîné une grande diversité dans les échanges.

S. est dans la musique depuis 15 ans. Il se produit et accompagne aussi des artistes. Il souhaiterait avoir plus de compétences. Il aime beaucoup la techno, mais ne se ferme pas à un unique genre musical. Ses influences vont de la cumbia aux musiques arabisantes… Il a créé un collectif avec un danseur contemporain.

E., 44 ans est professeure d’histoire. Elle a organisé des free parties pendant 15 ans. Elle est venue pour en apprendre plus sur la place de la femme dans le milieu artistique, car ce n’est pas évident selon elle.

J., 40 ans, est en reconversion professionnelle dans le milieu artistique. Elle est venue aujourd’hui pour en apprendre plus sur le métier de manager·euse artistique. Elle a une formation dans le commerce et a touché un petit peu à tout, au long de sa carrière.

L., 27 ans, vient de l’audiovisuel où elle est technicienne. Elle commence à faire de la production et des plateaux d’artistes pour des événements. Elle souhaiterait créer une structure hybride à Marseille qui puisse faire de la production de musicien·ne·s, tout en projetant des films de fiction marseillais.

So, 32 ans, est bénévole depuis 10 ans pour des festivals. Même si cela lui permet de voir des concerts gratuits comme elle l’explique avec humour, elle aimerait aujourd’hui être reconnue dans son travail et est venue pour en savoir plus sur le métier, ainsi que sur la place de la femme dans le milieu. En dehors de sa passion pour l’événementiel, elle travaille dans une école de commerce.

Sa, 31 ans, est bénévole dans des festivals. Elle se demande encore si elle veut s’engager dans le milieu de l’événementiel et est venue aujourd’hui en espérant trouver des réponses à ses questions.

M. organisait des concerts dans son pays natal, l’Italie. Cependant, elle n’a jamais travaillé dans l’événementiel en France et aimerait en savoir un peu plus.

F. travaillait dans la communication, et était commerciale et graphiste. Elle a repris ses études pour faire du design digital, mais travaillait dans l’’événementiel pour le festival Marsatac à Marseille. Elle est intéressée par la direction de festival, mais est curieuse des autres métiers artistiques.

O. est autodidacte et compose sa propre musique. En parallèle, elle a une vie de famille et vend des légumes.

 

ÊTRE UNE FEMME ET TRAVAILLER DANS LE SPECTACLE :  QUELS CONSTATS ?

A suivi un temps fort d’échanges autour des questions relatives au métier de manageur·euse, ainsi que sur le statut de la femme dans la musique ou secteur culturel. Voici quelques observations :

  • Le statut de manager·euse n’est pas reconnu par la profession, donc il n’y a pas vraiment de chiffres sur la répartition aujourd’hui. Néanmoins, Ziggy Hugot avait travaillé avec un recenseur et a pu estimer qu’il y avait environ 20 % de femmes sur l’ensemble des acteurs de la musique électronique. 
  • Beaucoup trop d’artistes féminines sont mises en avant pour leurs attributs physiques et non pour la qualité de leur musique. De fait, beaucoup d’artistes féminines mettent aussi plus en avant leur attribut physique dans leur communication. 
  • La parentalité est une question problématique qui revient souvent quand il est question d’imaginer une carrière dans le milieu artistique.

Les participant·e·s ont relevé des problématiques liées au milieu professionnel de manière globale : quels sont les freins qu’une femme peut rencontrer au cours de sa carrière ?

  • Le harcèlement et les violences sexuelles sont un vrai problème pour l’ensemble des participant.e.s, car cela se joue au quotidien dans de nombreuses interactions professionnelles : ce sont des problèmes difficiles à résoudre.  
  • C’est majoritairement les femmes, à nouveau, qui doivent s’impliquer à faire de la pédagogie et de la sensibilisation aux questions d’égalités et de respect du genre, ce qui est une charge mentale en plus.

L’après-midi, des ateliers ludiques et participatifs ont permis aux participant·e·s d’échanger de manière plus informelle autour de ces questions, et de partager des expériences personnelles de manière plus intimiste. Afin de déconstruire les stéréotypes de genre parfois intériorisés par les victimes de ces oppressions sexistes, les outils issus de l’éducation populaire permettent de mettre des mots sur les situations de violence, et de s’inspirer de son propre vécu pour s’engager dans la lutte pour l’égalité.

Quelques exemples de témoignages :

« Je n’ai pas aimé être une femme lorsqu’en rendez-vous pro, un homme de 20 ans mon aîné m’a proposé de m’asseoir sur ses genoux, car il n’y avait plus de chaises disponibles. »

« Se sentir obligée de sacrifier sa vie perso pour prétendre à une carrière pro en tant que femme (vu dans le milieu de l’armée surtout, mais véridique dans tous les domaines). »

« Je n’ai pas porté de robes pendant plusieurs années, car j’étais gênée du regard des hommes sur moi dans la rue. »

 

RÉFLEXION COMMUNE : COMMENT PALLIER CES PROBLÈMES AU SEIN D’UNE STRUCTURE PROFESSIONNELLE ? 

Le dernier atelier est un temps dédié à l’élaboration d’une charte pour l’égalité des genres dans les métiers des musiques actuelles

Les participant·e·s ont donc listé des préconisations selon une certaine classification : idées utopiques, réalistes, mais aussi polémiques. Grâce à cette typologie, il apparaît plus facile de se questionner sur les solutions à envisager pour une meilleure égalité, mais aussi d’estimer le degré réel d’applicabilité de ces mesures.

Les propositions des participantes :

  • Faire des formations sur les comportements sexistes en entreprise (réaliste)

  • Mettre en place des brigades féministes sur chaque événement (utopique)

  • Prévoir des temps d’accueil entre femmes du secteur (réaliste)

  • Démasculiniser le langage et les noms de métiers dans les fiches de postes et documents internes (réaliste)

  • Intégrer le genre dans les rapports d’intérêt financier (utopique)

  • Rappeler, par de l’affichage obligatoire, que les agissements sexistes sont punis par la loi (réaliste)

  • Organiser des concerts selon le genre (polémique)

  • Imposer des quotas dans les postes à responsabilité (polémique)

  • Mettre en place des dispositifs d’intervention autour des violences sexistes et sexuelles sur les événements comme l’application Safer (réaliste)

  • Créer des espaces safe en non-mixité dans les concerts et festivals (polémique)

  • Interdire les soirées gratuites pour les filles (réaliste)

  • Généraliser un jour de repos possible par mois pour cause d’indisposition mais ne pas le restreindre qu’aux femmes (polémique)

  • Le respect de la parité au sein de tout type d’équipe de travail (réaliste)

  • Accorder un espace dans chaque structure pour questionner au moins une fois dans l’année, les pratiques de la parité (réaliste)

  • Avoir des référent·e·s dans chaque structure pour le harcèlement / mise en place d’une brigade féministe dans les entreprises (elles seraient composées d’un homme et d’une femme car les hommes peuvent tout autant être féministes que les femmes) (réaliste)

  • Remettre un prix sur l’égalité de genre ou de la diversité lors d’événements comme les Victoires de la Musique ou autres (polémique)

  • Exiger un quota d’artistes en radio et autres espaces de diffusion (utopique)

  • Chronométrer le temps de parole lors des réunions (réaliste)