Synthèse 2

[SYNTHÈSE #2] L’administration & la production de spectacle avec Caroline Varrall

Le samedi 11 septembre, le projet Sound Sisters : pour l’égalité des genres dans les métiers des musiques actuelles ouvre les portes de sa deuxième journée d’atelier. 

Il s’agit d’une rencontre autour de ce constat simple, mais percutant : les femmes & les minorisé·e·s de genre occupent encore une place toute relative dans les métiers des musiques actuelles et continuent de se heurter à des freins liés à l’hétéronormativité de notre société.

Se déroulant en mixité choisie, cette journée s’ouvre avec l’intervention de Caroline Varrall, venue aujourd’hui pour faire découvrir aux participant·e·s les métiers de l’administration & la production de spectacle.

 

LA MENTORE DU JOUR :

Caroline Varrall a longtemps été directrice d’administration au sein de l’association Orane, structure organisatrice du festival Marsatac à Marseille.

Pendant ces 11 années,  elle a pu voir ses responsabilités croître, allant de la gestion des bénévoles au développement d’un programme axé sur le développement durable, jusqu’à atteindre le poste d’administratrice de production en 2016. C’est en octobre dernier que Caroline Varrall est venue compléter l’équipe du GMEM (Centre National de Création Musicale) en prenant le poste de directrice de production. Caroline explique que ses études lui ont beaucoup servi. En effet, ses bases juridiques, mais aussi administratives notamment apportées par sa formation à Evry l’ont aidée à manœuvrer avec plus de sérénité les projets qu’elle a pu mener

Il subsiste des différences notables entre le GMEM et Marsatac. Caroline Varrall explique cela par le fait que le GMEM accompagne certes beaucoup de projets par an (près de 80), mais n’a pas la même envergure ni les mêmes ambitions que Marsatac. Ces deux expériences bien distinctes lui ont beaucoup apporté

Caroline Varrall dit avoir évolué dans un « monde de femmes », et n’a donc jamais, ou très peu, rencontré de difficultés en tant que femme dans son milieu professionnel. Quant au statut de la femme à proprement parler, bien qu’elle n’ait que peu vécu de situations de violence, Caroline Varrall estime qu’il est important d’accompagner les hommes dans ce travail de prévention et de sensibilisation. Sans les excuser, elle exprime l’idée que certains d’entre eux sont volontaires, et qu’il ne faut pas les exclure. Pour preuve, elle évoque des exemples d’hommes de son entourage qui agissent pour que des femmes soient positionnées sur des postes à responsabilités. 

Côté gestion de sa vie professionnelle et personnelle, Caroline Varrall estime qu’il est essentiel de réussir à séparer les deux, afin que le travail n’empiète pas sur sa vie de femme et de maman. Jongler entre ces rôles demande de l’organisation, mais permet de ne pas s’oublier en tant que personne. 

 

LES PARTICIPANT·E·S

B. est algérienne, arrivée en France il y a 6 ans. Issue du milieu des arts plastiques; elle a un master recherche et un master en management culturel. Elle est attachée d’administration et de communication pour un réseau de structures musicales autour de la méditerranée qui coproduit des formations pour de jeunes artistes dans les musiques improvisées. Elle aime le lien avec les gens de sa région, cela l’aide à grandir professionnellement. Elle aimerait apprendre des choses pour créer une structure un jour ou faire du management de projets culturels.

F. Elle est prof d’anglais et vient ici pour prendre des choses plus que pour en apporter ! Elle est en réflexion autour d’une éventuelle reconversion professionnelle, même si elle aime son métier. Elle aime ce qu’il se passe en backstage, les gens dans la musique sont enrichissants. Elle est bénévole au congrès pour la nature. Une reconversion dans la culture serait idéale pour elle.  

M. Elle est chilienne. Agente culturelle, elle ne parle pas bien français. Elle vient ici pour savoir comment fonctionne l’administration dans la musique.  

N. Arrivée à Marseille y a 4 ans, elle est en reconversion dans la communication. Elle a créé un projet avec des amis, un collectif d’organisation d’événements en lien avec la musique et la danse. Elle aimerait développer ce projet vers de la production de spectacles. Elle aimerait connaître la législation, mais aussi tout ce qu’il faut savoir d’utile pour développer son projet. 

V. Elle est arrivé à Marseille il y a un an ou deux. Elle est dans la communication, mais s’est tournée vers la culture, car cela la fait vibrer. Elle travaille sur l’organisation de la Fiesta des Suds dans la production et l’administration. Elle fait également de la production et de la communication pour d’autres groupes de musique. Elle cherche de l’expertise.

 

ÊTRE UNE FEMME ET TRAVAILLER DANS LE SPECTACLE :  QUELS CONSTATS ?

A suivi un temps fort d’échanges autour des questions relatives aux métiers de l’administration & de la production, ainsi que sur le statut de la femme dans la musique ou secteur culturel. Voici quelques observations :

    • La règle d’or, c’est qu’en matière de bénévolat, il n’y a pas de notion de subordination. On ne parle pas de poste mais de mission, pas de responsable mais de référent. Il s’agit de faire très attention aux mots employés.
    • La culture est une branche exigeante et polyvalente, aux missions multiples : les parties facturation, administration, comptabilité, production artistique sont autant de domaines qu’il faut maîtriser.
    • La culture est un métier passion. Pourtant, ne pas compter ses heures ne devrait pas être autant encouragé dans le milieu, car il faut savoir poser des limites : la passion ne justifie pas tout.
    • La demande de subventions est une partie essentielle du métier. Elle doit être bien calibrée en amont, pendant (lors de la commission) mais aussi après (jusqu’à la demande de fonds à la trésorerie). 
    • Il existe des situations de violences et harcèlements à caractère sexiste et sexuel dans les structures professionnelles : seulement, quand cela concerne un membre plus ou moins haut placé dans la hiérarchie, le sujet est souvent enterré et tu pour ne pas ternir l’image de l’organisation. 
    • Point positif : de plus en plus d’hommes prennent conscience de ces problématiques systémiques et s’impliquent davantage sur ces questions. Ils ne faut pas hésiter à les sensibiliser et à les intégrer à ces sujets. 
    • La femme est encore discriminée aujourd’hui et encore plus lorsqu’elle a des enfants : cela revient à dire qu’en tant que maman, elle ne peut pas s’amuser, du moins c’est mal vu.

L’après-midi, des ateliers ludiques et participatifs ont permis aux participant·e·s d’échanger de manière plus informelle autour de ces questions, et de partager des expériences personnelles plus intimistes. Afin de déconstruire les stéréotypes de genre parfois intériorisés par les victimes de ces oppressions sexistes, les outils issus de l’éducation populaire permettent de mettre des mots sur les situations de violence, et de s’inspirer de son propre vécu pour s’engager dans la lutte pour l’égalité.

Quelques exemples de témoignages :

« Les femmes, au lieu de faire valoir leur différence, vont imiter la manière de faire des hommes car on leur a dit que ça fonctionnait comme ça. Là se loge l’erreur. Ce que je constate, c’est que des hommes se battent pour mettre les femmes sur les postes à responsabilités, ou pour les hisser en haut des affiches. Dans la programmation, la direction technique, il n’y a jamais de femmes. Pareil, les salaires ne sont pas les mêmes. Et c’est plus dur en tant que femme sur les postes à responsabilités, car on en attend plus de toi. Par exemple, si un homme est bourré sur un festival c’est drôle, mais si c’est une fille ça fait pas sérieux, encore plus si elle a des enfants. »

« Il faut savoir lâcher prise pour ne pas devenir fou, savoir prendre une journée off si on en a besoin sans culpabiliser, simplement se dire que ce n’est pas grave. Mieux, il faut apprendre à se dire que ce n’est pas grave. Aussi, ça ne devrait pas être un souci d’avoir un enfant en tant que femme, on a aussi le droit à l’erreur en étant maman. Il faut être un minimum organisée mais pas besoin de se rendre malade pour autant. »

« Je n’ai pas aimé être une femme quand sous prétexte de me protéger, mon patron m’a empêché d’aller travailler sur un événement avec un public majoritairement masculin. »

« Je n’ai pas aimé être une femme quand un client m’a demandé si j’étais offerte à l’achat de l’objet que je vendais. »

 

RÉFLEXION COMMUNE : COMMENT PALLIER CES PROBLÈMES AU SEIN D’UNE STRUCTURE PROFESSIONNELLE ? 

Le dernier atelier est un temps dédié à l’élaboration d’une charte pour l’égalité des genres dans les métiers des musiques actuelles

Les propositions des participantes :

  • Dès qu’il y a une blague sexiste, l’afficher en disant « voilà, ce qui est écrit au tableau c’est sexiste », le laisser là toute la journée et voir si des personnes réagissent.

  •  Pendant les festivals, installer une affiche du style : « quand c’est non, c’est non », ou afficher une charte dans plusieurs points du festival pour que l’info soit tout le temps sous les yeux des gens.

  •  Avoir un·e référent·e sur les problèmes sexistes à qui tu peux parler, à qui tu peux te confier, qui puisse être là pour t’écouter.

  • L’obligation pour les organisateur·rice·s d’événements culturels d’avoir un dispositif type « safer » à destination des victimes de violence de tous types.

  • Mettre un distributeur de protections hygiéniques en libre-service. 

  •  Il est important d’établir le droit à la déconnexion : ne pas travailler pendant des temps précis, pas de portable pro après 18h par exemple. C’est bénéfique de laisser couler les mails à certains moments, comme une détox.

  •  Faire en sorte que les toilettes prennent en compte tous les genres.

  •  Une « journée du genre » institutionnalisée au même titre que la journée de lutte pour les droits de la femme.

  •  Concept inventé par une bibliothèque au Danemark : au lieu d’emprunter un livre, tu empruntes une personne qui te raconte sa vie pendant une heure, pourquoi ne pas faire ça au bureau ? Ce pourraient être des workshops obligatoires.

  •  Sortir une phrase/une pensée positive par semaine, qui soit affichée dans les locaux, ou une anecdote : valoriser des actions qui luttent contre le sexisme plutôt que de toujours parler des trucs mauvais.

  •  Avoir des fiches de poste claires et enregistrées et faire un bilan après coup. Instaurer des entretiens plus réguliers avec le/la manager·euse pour qu’il y ait un rapport bilatéral. 

  • Repenser la convention collective du milieu culturel pour intégrer la possibilité d’un congé paternité, ou au moins l’évoquer. Aménager les horaires selon son cadre familial. Ce serait un outil de travail pour le service RH. D’ailleurs, il faudrait aussi redéfinir le rôle de la personne RH, c’est un pilier et elle crée du lien. Mais c’est aussi une personne phare dans son rôle de médiateur·rice. Dans la culture, il faudrait un·e délégué·e qui prendrait le rôle du RH, et qui détecterait en amont des situations de mal-être avant que cela ne se dégrade, par exemple.

  • Au moment de la signature des contrats de travail, donner un document court qui dise « notre association s’engage dans la lutte contre le sexisme », et peut-être aller jusqu’à faire signer ce document comme un engagement à respecter les valeurs, faire une lecture à voix haute pour vérifier que le document ait bien été pris en considération, parler de ce document à chaque fois qu’on embauche quelqu’un·e, qu’il soit affiché dans les locaux.