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[SYNTHÈSE #3] La programmation & le booking avec Bérengère Allegret

Le samedi 18 septembre, le projet Sound Sisters : pour l’égalité des genres dans les métiers des musiques actuelles ouvre les portes de sa troisième journée d’atelier. 

Il s’agit d’une rencontre autour de ce constat simple, mais percutant : les femmes & les minorisé·e·s de genre occupent encore une place toute relative dans les métiers des musiques actuelles et continuent de se heurter à des freins liés à l’hétéronormativité de notre société.

Se déroulant en mixité choisie, cette journée s’ouvre avec l’intervention de Bérengère Allegret, venue aujourd’hui pour faire découvrir aux participant·e·s les métiers de la programmation et du booking.

 

LA MENTORE DU JOUR :

C’est à 20 ans que Bérengère Allegret monte sa première structure, Exoria. Neuf années plus tard, cette association lui a permis de parcourir les salles de concerts françaises par le biais d’un festival itinérant de musiques électroniques, de développer des stratégies d’accompagnement d’artistes et de projets ainsi que de créer un collectif de recherche et de développement dans les arts numériques. De chargée de communication à chargée de production, de programmatrice à directrice, elle a occupé plusieurs postes au sein de sa structure, ce qui lui permet d’avoir une bonne connaissance des différents métiers composant la filière des musiques actuelles.

Depuis peu, elle a repris le chemin de l’université pour étudier la direction d’établissement culturel, et souhaite se spécialiser dans la conduite de projet de musiques actuelles sous le prisme des droits culturels, afin de défendre les cultures subalternes.

Bérengère est donc programmatrice et directrice pour sa structure et a réalisé des tournées à travers toutes les SMAC de France. Elle a pu établir quelques constats. Dans les SMAC, il n’y a que 3% de femmes qui sont au poste de programmatrice et/ou directrice. Il faut donc faire sa place. Ce qui est dur, c’est qu’on est plus exigeant·e avec les femmes dans ces métiers-là. En revanche, une fois qu’une femme est en place, elle est visible. Le plus dur est donc de s’imposer. On est souvent considéré·e comme moins important·e que ce que l’on est.

Bérengère se rend compte que la sororité entre femmes est très importante, mais que c’est quelque chose qu’on oublie quand on débute. En tant que programmatrice, elle a eu beaucoup de mal à programmer des artistes femmes. Il faut travailler ce sujet, et trouver ces femmes qui font de la musique. Bérengère milite pour monter des plateformes pour que les artistes femmes soient plus visibles, mais ce n’est pas évident.

Elle a aussi formé plusieurs bénévoles. Lucie précise que c’est aussi pour ça que le projet Sound Sisters a été créé.

L’enjeu principal du monde du spectacle de demain est de rendre les lieux de spectacles accessibles, et c’est une vraie question à se poser. Les publics vieillissent. Les réseaux sociaux peuvent notamment servir à parler de tout ça. Bérengère conseille de ne pas se mettre de barrière.

Il faut faire attention aux agissements sexistes et aux agressions sexuelles. Bérengère a fait une formation pour lutter contre ces violences (dans le cadre de certaines demandes de subvention, cette formation est désormais obligatoire dans les structures). Elle a eu une mauvaise expérience mais ne se laisse pas abattre. Il y a toujours un rapport de force et dénoncer les plus puissant·e·s reste très compliqué. Ces gens-là peuvent mettre fin à une carrière lorsqu’ils sont dénoncés, mais Bérengère suggère de ne plus laisser passer ce genre de choses.

 

LES PARTICIPANT·E·S

Ca. est actuellement chargée d’évènementiel et de communication au Chapiteau à Marseille. Elle y travaille depuis un an et vient de signer un CDI. Elle n’a pas pour projet de rester dans ce métier et aimerait s’orienter vers la production, le booking et le management. Elle attend de cette journée de découvrir les dessous de la programmation, et le partage entre femmes. Le Chapiteau est un tiers-lieu de diffusion dans les musiques électroniques.

Cl. est dans la communication. Elle est venue ici par curiosité et a un projet de tiers lieu qui n’est pas encore établi. Elle aura donc besoin de programmer. Elle souhaite créer d’ici 4 ans son tiers-lieu.

M. a 22 ans. Elle a un BTS communication et fait une école d’événementiel. C’est son prof qui lui a parlé de cet événement. Elle souhaite découvrir le booking.

Le. sort d’un BTS communication et est en licence d’événementiel. Elle connaît un peu les lieux de spectacle car elle fait du théâtre. Elle est venue ici par curiosité.

B. a presque 29 ans. Elle est attachée d’administration et de communication pour un réseau de structures méditerranéennes. Son employeur est un opéra. Elle fait du reporting (bilans sur les subventions reçues). Elle est là car elle est algérienne et souhaite rencontrer du monde dans le domaine. Elle voudrait faire connaissance avec des gens de sa région. Elle aimerait aller vers la gestion et la coordination. Ses attentes de la journée sont les rencontres, et la découverte du métier. Elle est spécialisée dans les musiques traditionnelles et le jazz pour le réseau Medinea.

La. est monteuse dans l’audiovisuel. Depuis qu’elle est ado, elle est bénévole dans des festivals de jazz. Elle aimerait tendre vers les métiers de la production pour accompagner un ami dans son projet musical. À terme, elle aimerait créer une entreprise de production pour les artistes musicaux et de cinéma de fiction à Marseille. Elle attend de cette journée d’avoir une porte d’entrée sur des métiers essentiels pour s’orienter vers des formations, et pouvoir ainsi aller en profondeur sur certaines choses.

A. est responsable de formation dans un centre de formation pour adultes. Son projet est de se reconvertir. Elle est dans le milieu du spectacle depuis longtemps. Elle est musicienne et accompagne déjà des artistes et plusieurs projets pour du booking. Elle aimerait en savoir plus sur ce métier.

Lo. est musicienne. Elle a envie d’apprendre tout ce qui se passe du côté production. Elle est marseillaise mais a vécu dix ans au Chili. Elle est revenue vivre à Marseille depuis un an, et elle est entourée de gens dans la production. Elle a besoin de comprendre comment fonctionnent les choses. Elle n’est pas encore intermittente. Elle est violoniste mais en ce moment elle fait de la cumbia électro et acoustique (son groupe s’appelle Chuchicha).

Ma. est chilienne et fait du booking. La production au Chili est difficile donc elle est venue en France. Elle est là pour rencontrer des personnes et se faire des contacts. Elle aimerait découvrir les métiers de la culture et de la production pour le booking. 

F. a 32 ans et est en reconversion. Elle est ingénieure dans le numérique. Elle a fait ça cinq ans à Lyon. En parallèle, elle a toujours été attirée par le milieu artistique et notamment celui de la musique. Elle est bénévole depuis qu’elle a 15 ans. Elle est arrivée à Marseille il y a un an et elle a entamé sa démarche de reconversion. Elle s’est investie dans des tiers-lieux comme Atala, la Friche… Cela a confirmé son envie d’aller plus loin. Elle a fait une licence de médiation culturelle. Elle souhaite aujourd’hui rencontrer du monde et gagner en expérience.

M. est italienne et est en France depuis un an. Elle s’occupait de la programmation pour un lieu culturel en Italie. Elle fait du booking pour un groupe de musique qui fait du psy-jazz. En Italie, le travail de musicien est souvent payé au noir ; elle a l’impression que la France est plus réglementée.

 

ÊTRE UNE FEMME ET TRAVAILLER DANS LE SPECTACLE :  QUELS CONSTATS ?

A suivi un temps fort d’échanges autour des questions relatives aux métiers de la programmation et du booking, ainsi que sur le statut de la femme dans la musique ou secteur culturel. Voici quelques observations :

    • Toutes les participantes ont malheureusement pu témoigner de nombreuses situations de harcèlement déplorables auxquelles elles ont été confrontées.
    • La sororité est importante, elle constitue une force qu’il ne faut pas oublier.
    • La femme peut se sentir inférieure à l’homme, car on lui a souvent dit que c’était le cas. Il faut réussir à annuler ce sentiment, à s’écouter et à s’affirmer.
    • Savoir se défendre est important. Aujourd’hui, les participantes ont en majorité eu recours à l’humour.
    • Dire NON est important, il ne faut plus laisser passer de remarques sexistes.
    • Il est difficile de répondre dans le milieu professionnel à des agissements sexistes par peur pour sa carrière, il est donc important de mettre des dispositifs en place plus nombreux et plus forts.

L’après-midi, des ateliers ludiques et participatifs ont permis aux participant·e·s d’échanger de manière plus informelle autour de ces questions, et de partager des expériences personnelles plus intimistes. Afin de déconstruire les stéréotypes de genre parfois intériorisés par les victimes de ces oppressions sexistes, les outils issus de l’éducation populaire permettent de mettre des mots sur les situations de violence, et de s’inspirer de son propre vécu pour s’engager dans la lutte pour l’égalité.

Quelques exemples de témoignages :

« Lors d’un rendez-vous professionnel, un homme de 20 ans mon aîné me propose, sous couvert d’humour, de m’asseoir sur ses genoux car il n’y a plus de chaises libres. »

« Lors d’une réunion sur la programmation d’un festival, une personne propose un artiste, connu pour avoir à plusieurs reprises harcelé sexuellement des femmes. Je relève ce problème lorsqu’on me répond qu’il faut séparer l’homme de l’artiste. »

« Pendant l’organisation en amont d’un festival, deux de mes collègues transportent du matériel lourd et me lancent : laisse donc faire les hommes ! »

 

RÉFLEXION COMMUNE : COMMENT PALLIER CES PROBLÈMES AU SEIN D’UNE STRUCTURE PROFESSIONNELLE ? 

Le dernier atelier est un temps dédié à l’élaboration d’une charte pour l’égalité des genres dans les métiers des musiques actuelles

Les points précédemment évoqués lors des journées antérieures commencent à être rassemblés et re-réfléchis à travers le prisme de plusieurs grands thèmes :

// La gouvernance :

  • nommer des référent·e·s sur le sexisme dans chaque structure
  • chronométrer le temps de parole dans les réunions – avoir un·e modérateur·rice qui s’assure de distribuer la parole équitablement
  • afficher les obligations légales de la société employeuse en matière de harcèlement, et faire signer un document ou une clause à ce sujet lors de la négociation du contrat de travail
  • former tout le monde et en particulier les RH sur les violences sexistes et sexuelles
  • bloquer l’évolution de carrière en cas de comportement sexiste
  • établir des quotas de parité dans les instances
  • Intégrer le genre dans les rapports d’activités et financiers

// La représentation :

  • démasculiniser les noms de métiers
  • encourager les hommes cisgenres et hétérosexuels à laisser leur place de pouvoir ou de visibilité (alterner les représentations publiques par exemple)
  • imposer des quotas de parité dans les programmations artistiques
  • veiller à travailler une communication plus inclusive, à l’écrit comme à l’image (vidéos/photos de soirées), demander dans les briefings des équipes d’afficher la diversité des genres, y faire aussi attention lors des prises de parole publiques 

Les violences sexistes et sexuelles :

  • créer des espaces safe dans les concerts et festivals
  • dégenrer les toilettes
  • créer un numéro d’urgence pour les harcèlements et agressions sexuelles, ou par exemple imposer aux organisateur·rice·s d’événements culturels d’avoir un dispositif type l’application SAFER à destination des victimes de violence de tous types
  • avoir des brigades référent·e·s dans chaque structure pour le harcèlement (elles seraient composées d’un homme et d’une femme car les hommes peuvent tout autant être féministes que les femmes)
  • former les équipes de sécurité à la prise en charge des violences sexistes
  • systématiser les campagnes d’affichage contre les violences sexistes en milieu festif / lors des événements, mettre à disposition une communication féministe
  • interdire les soirées gratuites pour les filles

// L’articulation des temps de vie

  • veiller à ne pas systématiser les réunions le soir et le week-end
  • encourager les congés paternité
  • généraliser un jour de télétravail possible par mois si une personne est indisposée (menstruation ou tout simplement malade, mal en point)
  • rendre les congés paternité aussi longs que ceux des femmes